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Impasse entre la RDC et le Rwanda : la France tente l’impossible

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Alors que les processus de médiation à Washington et à Doha s’enlisent, la France tente de redonner du souffle à la diplomatie en organisant, ce jeudi 30 octobre, une conférence internationale de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs. Coorganisée avec le Togo, médiateur de l’Union africaine (UA), cette rencontre vise à sortir de la seule dualité RDC-Rwanda.

La conférence s’articulera en trois volets : une priorité humanitaire pour lever des fonds, un segment sur l’intégration économique et un dîner diplomatique au Quai d’Orsay entre les principaux acteurs au conflit pour faire avancer la paix. Environ 70 pays et organisations sont conviés pour cette journée qui se veut à l’abri des caméras, afin d’éviter un effet tribune.

L’objectif premier de Paris est de répondre à une crise humanitaire « sans précédent », que les autres médiations ont laissée au second plan. À la veille de l’événement, 12 ONG et collectifs ont lancé un appel urgent, dénonçant une situation catastrophique. Les chiffres témoignent de l’ampleur du désastre : l’intensification des conflits depuis janvier 2025 a provoqué 2,1 millions de nouveaux déplacés internes, portant le total à plus de 7 millions de personnes déplacées en RDC. 27,7 millions de personnes vivent en situation d’insécurité alimentaire, alors que la région subit un niveau alarmant de violences sexuelles et de violations des droits des enfants. Face à ces besoins croissants, le financement s’effondre. Au 15 octobre 2025, le plan de réponse humanitaire de 2,5 milliards de dollars n’était financé qu’à hauteur de 16 %.

Un seuil historiquement bas, loin des 53 % financés à la fin de l’année 2024. « L’Est de la RDC est au bord d’une catastrophe humanitaire évitable », alerte le Dr De-Joseph Kakisingi, président du Conseil national des Fora des ONG humanitaires et de développement en RDC. « Sans corridors sûrs, sans médicaments ni nourriture, des milliers de vies sont menacées. Il faut agir maintenant. » Un sentiment d’urgence partagé par Justine Muzik Piquemal, directrice régionale de l’ONG Solidarités International, qui sera présente à Paris. « Les chiffres de déplacements donnent le tournis en RDC, nous devons être conscients que les chiffres sont des personnes », a-t-elle déclaré, réclamant « un accès sécurisé des acteurs humanitaires, et une action humanitaire neutre sur l’ensemble des zones de conflits ».

Cette conférence, annoncée depuis des mois mais sans cesse reportée, intervient dans un contexte d’« enlisement diplomatique ». Malgré la signature d’un cessez-le-feu au Qatar le 14 octobre et d’un accord de paix aux États-Unis en juin, les combats se poursuivent dans l’Est entre l’armée congolaise et les rebelles. Paris insiste sur le fait que son initiative n’est pas concurrente des autres processus, mais vise à les appuyer. Pour ce faire, la France a convié les autres pays de la région, comme le Burundi et l’Ouganda, pour traiter les causes profondes du conflit à l’échelle régionale. Un volet économique, qui se tiendra au palais de Chaillot, portera sur l’intégration régionale et les opportunités d’investissement. Ce point est cher aux États-Unis, mais ces derniers échouent pour l’instant à faire signer un accord-cadre. Le président congolais Félix Tshisekedi refuse en effet de signer, dénonçant une présence rwandaise sur le sol congolais.

La grande inconnue reste le niveau de représentation des pays au cœur du conflit. Si les chefs d’État de la région ont été invités, leur présence n’est pas confirmée. Contacté par Le Point, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du Rwanda, Olivier Nduhungirehe, a confirmé qu’il dirigerait la délégation rwandaise en l’absence du chef de l’État Paul Kagame, qui ne fera pas le déplacement.

Côté congolais, la présence du président Félix Tshisekedi est désormais confirmée. Le chef de l’État, qui avait exprimé son intention de participer lors d’un entretien avec Emmanuel Macron en marge de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre, sera accompagné d’une délégation de la présidence. Parmi les nombreux médiateurs et partenaires clés attendus figurent Massad Boulos, Mohamed Bin Mubarak Al-Khulaifi, Kaja Kallas, ainsi que les ministres des Affaires étrangères d’Angola, du Togo et de Belgique. Bintou Keita, la cheffe de la Monusco, et Bruno Lemarquis, coordinateur humanitaire de l’ONU en RDC devraient également être présents.

(Le Point)

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